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2e journée anthropologique de l’AFEA :« Ethnologie versus média : la question des migrations »

vendredi 23 septembre 2016, par Chloé Rosati

Le 11 octobre 2016, l’AFEA organise sa 2e journée anthropologique à la Fondation Charles Léopold Mayer, à Paris, autour du thème des migrations et des médias. Cette journée intitulée « Ethnologie versus média : la question des migrations » sera suivie de la projection du film documentaire « Bienvenuti ».

Organisation AFEA : Delphine Burguet (IMAf, EHESS Paris, CNRS/ENTPE) et Chloé Rosati-Marzetti (LAPCOS, Université de Nice Sophia-Antipolis)
Co-directrices de la journée : Clara Lecadet (IIAC-LAUM, EHESS) et Delphine Leroy (Université Paris 8)

Pour la deuxième édition des journées anthropologiques de l’AFEA, la thématique retenue traite de la question des migrations et de la manière dont les chercheurs de notre discipline se saisissent de l’actualité.

Matinée :

9h : accueil

9h30 : Introduction de la 2e journée anthropologique de l’AFEA – Delphine Burguet et Chloé Rosati-Marzetti

Axe 1 : Politique(s) de la représentation dans le champ des migrations : pour un débat critique (dirigé par Clara Lecadet - IIAC-LAUM, EHESS)

9h40 : Introduction par Clara Lecadet
Cet axe vise à ouvrir un débat critique sur les politiques de la représentation à l’œuvre dans le champ des migrations. La décision d’Al-Jazeera en août 2015 de ne plus employer le terme de migrant et la mise en cause de la responsabilité des medias dans le traitement politique des réfugiés ont ouvert un débat nourri par des journalistes et des chercheurs, qui questionnent les concepts, les catégories, les représentations conditionnant les discours politiques et médiatiques sur les migrations (Canut, 2016). Si les medias sont volontiers accusés d’en donner un exposé réducteur voire de participer à la montée des populismes en présentant ces arrivées de réfugiés comme une menace, les chercheurs sont-ils immunisés contre le temps court de l’actualité ou contre l’appropriation des catégories institutionnelles ? L’ampleur du traitement médiatique dont les migrations ont fait l’objet depuis le naufrage du 19 avril 2015 en Méditerranée jusqu’à ce qui a été présenté comme la « crise des réfugiés », doit, plutôt que de prolonger la mise en scène d’un antagonisme stérile entre la sphère médiatique et académique, interroger le processus de fabrication d’objets qu’il est ensuite très difficile de critiquer et de déconstruire. La critique des ressorts de la représentation des phénomènes migratoires dans les medias, doit ainsi s’accompagner d’une critique des présupposés et des impensés de la recherche. Le
nationalisme méthodologique, les choix narratifs, le lexique utilisé ont un impact déterminant sur les représentations qui émanent des phénomènes étudiés. Il convient par conséquent d’amorcer une réflexion sur le sens et les usages d’une politique de la représentation nécessitant une déconstruction critique des catégories qui fondent aussi bien théoriquement qu’empiriquement les espaces et les champs de la recherche.

10h30 : Alexandra Galitzine-Loumpet (CESSMA - Paris-Diderot / IRD /INALCO ; Non-lieux de l’exil) : «  L’objet/ sujet migrant : Circulation des objets de la culture matérielle des exilés dans les nouveaux médias »
Le programme de recherche Migrobjets (INALCO, mai 2016-mai 2018) étudie la construction de la figure du migrant dans l’espace public à travers la médiatisation d’objets symboles, celle du migrant/de l’exilé. Gilets de sauvetage, couvertures de survie, chaussures dépareillées, smartphones mais aussi plafond de biens et valeurs accordés à une représentation du migrant (Danemark) contribuent à assigner une identité culturelle et sociale aux migrants, constituant ainsi un topos de l’exilé à la fois
pérenne et régulièrement actualisé. L’objet s’inscrit dans une doxa, i.e. de régimes de sens commun (de preuve, de vérité, de moralité, d’esthétique, d’utilité …) s’imposant à la parole de l’exilé et parfois se substituant au sujet migrant dans un transfert des propriétés des choses à celui des corps, minorés ou défunts. En tant qu’acteur social, l’objet révèle la condition faite à l’exilé et sa médiatisation permet d’interroger rapport sujet /objet dans l’expérience de la migration.

11h-11h15 : Pause

11h15 : Florence Boyer (URMIS-IRD), Françoise Lestage (CEMCA-URMIS), Dolores Paris (COLEF) : « La rhétorique du retour : un processus de légitimation des politiques migratoires contemporaines ? »
La multiplication des contraintes faites aux déplacements des populations, en lien avec le durcissement et l’internationalisation des politiques migratoires, a conduit à l’émergence de catégories nouvelles dans l’appréhension du processus migratoire, afin de qualifier des lieux et des moments de la migration qui ne s’inscrivent pas dans des parcours et/ou des processus d’installation classique. Notre réflexion s’ancre sur le constat de l’usage croissant d’une rhétorique du retour dans différentes sphères
du politique. Cette rhétorique est au fondement des négociations entre pays d’accueil et pays d’origine et/ou pays dit de transit, consistant pour les uns à empêcher les mobilités vers les zones qui attirent les migrants (Europe, pays du Golfe, Etats-Unis) et pour les autres à obtenir des financements ou des contrats (Mexique, Niger…).
L’objectif est de mener une analyse réflexive des catégories produites sur la base de cette rhétorique du retour. Seront questionnées ces catégories imposées par les institutions, mais aussi leur appropriation, détournement et transformation par les migrants eux-mêmes, ainsi que leur transfert dans le champ scientifique.
En effet, ces catégories sont souvent reprises dans les discours scientifiques, argumentant qu’il s’agit de catégories émiques. Or, cet argument ne risque-t-il pas de conduire à une appropriation de catégories institutionnelles par les chercheurs, participant ainsi à la légitimation de leur usage par différents acteurs ? La rhétorique du retour ne vient-elle pas délégitimer celle de la circulation, dominante dans les années 1990-2000, participant ainsi à la validation des politiques migratoires
contemporaines ? Cette réflexion sera menée sur la base de cas pris au Mexique et au Niger.

11h45-12h30 : débat

12h30-14h : pause déjeuner

Après-midi  :

Axe 2 : Enjeux de restitutions des recherches sur les migrations : la question des médias (dirigé par Delphine Leroy – Université Paris 8)

14h10 : Introduction par Delphine Leroy
L’actualité par son motif d’immédiateté et d’urgence ne cesse de produire du sens et de contribuer à l’élaboration d’imaginaires collectifs sur les faits de société. La question migratoire est centrale pour nos sociétés contemporaines. Quelles légitimités, quelles responsabilités le chercheur au long cours qu’est l’ethnologue, endosse‐t‐il lorsqu’il choisit de se taire ou au contraire d’alimenter la scène
publique ? Comment expliciter et apporter en amont une compréhension large des données sur la question des migrations ? Si le chercheur est parfois sollicité pour commenter un événement particulier « à chaud » en qualité « d’expert », beaucoup plus rarement il est invité à exposer - médiatiser - ses travaux (dans le sens de rendre visible, comme moyen de faire connaître ou apparaître une réalité qu’il a observée). L’invisibilité contribuant, au contraire, au maintien des situations de dominations et de catégorisation des personnes. Pourtant depuis longtemps, certains anthropologues,
ont destiné leurs travaux à un vaste public en hybridant leurs formes de restitutions avec la littérature ou les arts visuels ; d’autres se sont appuyés sur des expositions artistiques pour problématiser et articuler ces questions. De quels usages médiatiques aujourd’hui les anthropologues peuvent‐ils se saisir, pour rendre compte, au plus grand nombre, de la complexité des situations de migrations en soulignant notamment, ‐ la durée de la relation ethnographique ; ‐ les parcours biographiques ; ‐ la place, le statut des personnes interrogées dans la construction et la diffusion de la recherche ?

14h30 : Adelina Miranda (Migrinter, Université de Poitiers) : « Migrations, medias et
protestations en Italie
 »
La figure du demandeur d’asile est actuellement au centre de l’attention des medias italiens. Les images et les discours dans la presse et à la télévision ont deux implications majeures : d’un côté, ils alimentent une confusion entre les différentes catégories juridiques (demandeurs d’asile, refugiés, migrants économiques, clandestins, irréguliers, sans papiers, etc.) ; de l’autre côté, à travers la mise en avant de la figure du demandeur d’asile, ils interrogent la légitimité de la présence étrangère. Dans cette communication, j’approfondirai ce processus de politisation de la question en tenant compte, d’une part, du regard populiste et réducteur des medias et, d’autre part, des formes de protestations opérées par les demandeurs d’asyle, souvent soutenus par des ONG et des associations. Les manifestations de demandeurs d’asile, qui souvent revendiquent le respect des normes d’accueil, sont relayées par les médias comme l’expression concrète autour de laquelle se disposent les limites internes et externes à la société italienne.

15h : Jean-Baptiste Duez (LEO, Université d’Orléans) : « Nommer les gens, nommer les conditions de vie, mettre en scène des polémiques : quelles frontières entre les représentations dans les médias et le rôle de la recherche ? »

Les personnes roms/tsiganes sont européennes, et si celles d’entre elles venues essentiellement de Roumanie et dans une moindre mesure de Bulgarie, dans les bidonvilles qui sont réapparus au cours de la décennie 1990 en France et en Europe de l’Ouest, ne gagnent que de faibles revenus, elles possèdent de ce fait et dans une certaine mesure le droit à la liberté de circulation. Or celui-ci a été entravé au fur et à mesure de l’appréhension de la réalité des bidonvilles par les politiques publiques.
Dans un contexte de restriction à l’égard des flux migratoires, elles ont été placées sur le devant de la scène médiatique pour un temps donné, avant d’être supplantées par d’autres populations venues de Syrie ou bien d’Afrique.
Le traitement même de cette réalité par les médias a fait l’objet de polémiques, en ce qu’il construisait parfois un propos in abstracto. Le procès intenté et gagné par différentes associations contre l’émission « C dans l’air » en témoigne, il n’est cependant qu’un reflet de la banalisation d’une image au sein des médias rendant impossible le fait même de poser la question du contrat social, quand celle-ci se pose
bien à travers le trajet parfois réussi de certaines de ces personnes arrivées il y a une ou plusieurs décennies.
Une réalité problématique est alors apparue : Tandis que l’emploi des termes pour désigner cette population a, en fonction des pays et des processus de domination ou de discrimination variés, déjà animé un débat illustré dans de nombreux travaux de recherche1, les mots employés pour les décrire ou pour décrire leur situation ont fait l’objet de nouveaux débats. De jeunes chercheurs en ont décrit la construction dans les années 2000 et 2010, à travers différentes postures, en décrivant par exemple
l’apparition de la catégorie de « Roms migrants » ou bien en dénonçant l’emploi du terme de « bidonville ». Ces débats ont en outre été portés par différentes personnalités de différents bords politiques qui, si elles ne représentaient pas en soi la République, en occupaient parfois jusqu’aux plus hautes fonctions.
En corrélation avec la question de l’illégalité des statistiques ethniques, ils ont alimenté la construction de la description de cette réalité, créant parfois un décalage avec une nécessaire critique des politiques publiques auxquels ils répondaient pourtant.

15h30-16h : Pause

16h : « Benvenuti  », film documentaire de Laura Auriole et Annalisa Lendaro, d’après une idée d’Annalisa Lendaro (53’)
Lampedusa, un caillou de 20 km2, une des frontières de l’Europe. Une île italienne connue pour être la destination de milliers de migrants qui fuient les guerres et la misère, et qui chaque année risquent leur vie en traversant la Méditerranée. Frontière pour les uns, paradis balnéaire pour d’autres : ses eaux turquoises, ses paysages paradisiaques, sa nonchalance en font une destination touristique prisée. Entre
ses mondes a priori étanches, qui ne font que s’effleurer, la vie sur l’île se doit de continuer. Dans ce film, les habitants et ses visiteurs se confient et se mettent en scène, se dévoilent et se masquent. A demi-mot, en franc-parler, selon, ils conduisent le spectateur à découvrir Lampedusa de l’intérieur, dans ses multiples contrastes et ses ambivalences. Naufrages et camps de rétention, dolce vita et pêche traditionnelle… Voyage au cœur d’une île militarisée et splendide, théâtre et spectatrice d’une des tragédies de notre siècle.

17h00-17h30 : débat

18h-20h : la journée d’étude sera suivie d’une assemblée générale extraordinaire de l’AFEA

Contacts : burguet.delphine gmail.com et chloe.rosati gmail.com

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Chloé Rosati , "2e journée anthropologique de l’AFEA :« Ethnologie versus média : la question des migrations »" [en ligne], in
Afea, Association française d’ethnologie et d’anthropologie, page publiée le 23 septembre 2016 [visitée le 25 mars 2017], disponible sur: http://www.asso-afea.fr/2e-journee-anthropologique-de-l-AFEA-Ethnologie-versus-media-la-question-des.html

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