Accueil du site > Publications & Ressources en ligne > Billet - Violences et violences d’État.

Billet - Violences et violences d’État.

mardi 20 septembre 2016, par Jean-Baptiste Duez

Que savons- nous ? Le fait de poser cette question sous-entend peut-être que le savoir que nous essayons de construire n’est pas celui dit de « flux » de l’information transmise par les journalistes. Mais cela amène aussi à interroger ce qui distingue ce savoir des anthropologues de celui des politistes, des historiens, avec qui nos méthodes et nos objets se recoupent finalement bien souvent. Les anthropologues travaillent de nos jours sur une grande variété d’objets et leurs terrains couvrent les cinq continents. Ce savoir est donc avant tout ancré dans la contemporanéité tout en reposant sur une méthode de travail, celle du long terme du « terrain ». Nous serions donc ce que nous savons, les faits sociaux auxquels nous nous confrontons, et ce que nous vivons. Or, à côté de la diversité de ces objets, nous sommes parfois rejoints par l’actualité du monde.

Au début de l’année dernière, nous publiions un communiqué à la suite des attentats qui avaient frappé l’équipe du magazine Charlie Hebdo, ainsi que la réaction réfléchie d’un collègue égyptien. Depuis lors, les attentats et les crises politiques se sont multipliés dans le monde à un rythme rapide, introduisant un caractère quotidien dans l’horreur, qui n’est plus « réservée » à des zones de conflits particulières. Dès lors se pose la question de savoir comment réagir dans le cadre d’une profession qui vise dans sa définition à fournir des éléments à la connaissance de tous êtres humains. Si la condamnation des violences est un état de fait qui nous réunit, la démarche des anthropologues vise aussi à maintenir des apports constructifs pour la compréhension des sociétés humaines. Comment comprendre l’évolution temporelle de ces questions ? Nous témoignions certes l’an dernier de l’effroi ressenti par tout un chacun devant l’acte ignoble perpétré par les terroristes qui avaient assassiné l’équipe éditoriale des journalistes d’un journal satirique. Deux réalités prégnantes et violentes guident alors le regard rétrospectif sur les deux années écoulées. Il y a d’une part ces actes de terrorisme qui se sont multipliés dans le monde, tout en étant, en France, le fait de quelques individus. Et d’autre part, un certain nombre de situations violentes en corrélation avec l’État. Elle pose la question de l’illégitimité de la violence, quand celle-ci va de soi dans le cas des attentats, mais aussi de la violence d’État dès lors qu’elle s’exerce contre la démocratie et contre les peuples. Dans un cas comme dans l’autre, puisque ces deux formes de violence se sont banalisées de façon concomitante, elles concernent les ethnologues.

Au-delà de la violence abjecte de la guerre en Syrie, cette violence d’État s’est retrouvée en Turquie, et depuis quelques jours, au Gabon. En Europe, c’est l’érection des nationalismes, avec les élections autrichiennes et le Brexit. Ces situations se répondent de différentes façons.
D’une part, la mise en place des camps d’accueil à Paris et en périphérie parisienne, sont une tentative de réponse pour venir en aide aux personnes ayant fui leur pays en guerre. Cette réalité-là succède à une autre réalité qui lie ces deux formes de violences et qui n’a pour autant pas disparu : Le 31 août 2016, le collectif Romeurope relayant le communiqué de presse du collectif des enfants pour l’éducation fait pour sa part état de quelques 1700 personnes expulsées au cours de l’été en France.
D’autre part, l’invalidation des élections autrichiennes où les partis autrefois minoritaires s’affrontent au deuxième tour pose la question de la définition de la démocratie. En Autriche, le parti d’extrême-droite a contesté une élection qu’il avait perdue, non pas au titre de bourrage d’urnes, mais d’irrégularités dans les heures d’ouvertures et de fermetures des bureaux de vote, de la remise en cause du vote par correspondance ou de la légitimité d’assesseurs présents. Au Gabon, comme la presse française l’a finalement relayé, l’opposition conteste des résultats qui se sont construits de façon bien différente… Un taux de participation probablement inégalé dans l’histoire du vote dans une région permet la réélection du président sortant et des pots de vin importants sont également mentionnés.
Le vote est aussi un fait social, probablement le meilleur garant du respect du maintien des démocraties. Nous ne l’oublions pas, et si nos objets d’anthropologues sont probablement variés et ne se limitent pas à celui-ci, nous devons avant tout le défendre. D’une forme de violence vers l’autre, cela doit probablement permettre de repenser l’évolution inquiétante des mondes contemporains tout en nous confrontant à l’altérité que nous nous attachons à découvrir, à comprendre et à décrire.
Jean-Baptiste Duez, le 12/09/2016


proposer une traduction


Dernière mise à jour de cette page le mardi 20 septembre 2016 à 9:16:00. //// -----> Citer cette page?
Jean-Baptiste Duez , "Billet - Violences et violences d’État." [en ligne], in
Afea, Association française d’ethnologie et d’anthropologie, page publiée le 20 septembre 2016 [visitée le 14 novembre 2018], disponible sur: http://www.asso-afea.fr/Billet-Violences-et-violences-d-Etat.html

Plan du site

Agenda


«  novembre 2018 »

SPIP | contact | | | mentions légales | inscription | Suivre la vie du site RSS 2.0 |