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Communiqué du Groupe Jean-Pierre Vernant

samedi 24 octobre 2015, par Lacaze Gaëlle

Communiqué du Groupe Jean-Pierre Vernant à retrouver paginé ici :
http://www.groupejeanpierrevernant.info/

« Qui connaît l’autre et se connaît lui-même, peut livrer cent batailles sans jamais être en péril. Qui ne connaît pas l’autre mais se connaît lui-même, pour chaque victoire, connaîtra une défaite. Qui ne connaît ni l’autre ni lui-même, perdra inéluctablement toutes les batailles. »
Sun Tzu

La communauté universitaire est touchée par l’apathie, phénomène morbide, disait Gramsci, caractéristique de la « crise », cet interrègne entre l’ancien qui meurt et le nouveau qui ne peut pas naître. Depuis, la crise est devenue une méthode de gouvernement et l’apathie a remplacé le consentement. Pourtant, il se pourrait que la situation soit paradoxalement propice à une refondation de l’Université faite d’exigence intellectuelle, de libertés académiques et d’émancipation.

Chacun ne peut que faire le constat de l’absence totale de changement de politique universitaire lors de la dernière alternance politique [1]. Comme l’ont dit M. Berger et M. Belloc, conseillers respectifs de M. Hollande et M. Sarkozy, lors du colloque #Univ2020, « Quel enseignement supérieur pour la France en 2020 ? » : « Sur les sujets ESR, il y a un consensus gauche-droite. » Sans doute la ligne de fracture passe-t-elle maintenant entre ceux qui ont choisi de faire carrière dans la bureaucratie, et ceux dont le métier consiste à créer, transmettre, conserver et critiquer des savoirs.

La Boétie a montré, dans le Discours sur la servitude volontaire, comment tout pouvoir, si autoritaire ou bureaucratique soit-il, doit rencontrer de nombreux appuis parmi les cercles concentriques des individus qui y trouvent, ou croient y trouver, leur avantage — quelque mince privilège. L’incroyable œdème bureaucratique de la dernière décennie, et l’accumulation nuisible de couches de sédiments administratifs (Labex, Equipex, Idex, ComUE et sous-structures des ComUE, facultés et pôles), ont ainsi conduit à la multiplication de chargés de mission, de vice-présidents, de membres de comités théodules, de préfigurateurs de pôles, tous appareillés de décharges, primes et pouvoir de distribution clientéliste de ressources dans le cadre de micro-agences de moyens. Nous voilà dépossédés de nos biens les plus chers : le contrôle du cadre intellectuel de notre métier, des nos moyens d’agir et de penser, de nos libertés académiques et de notre temps. Et pourtant, nous sommes l’Université.

Le plan de bureaucratisation libérale de l’Université n’a rien de secret, qui gît au cœur du processus de Lisbonne et d’Horizon2020 et comprend trois volets : l’autonomie de gestion des personnels (RCE et RGPP), l’autonomie administrative (LRU et loi Fioraso). Et nous sommes entrés de plain pied dans la troisième phase : l’autonomie financière. L’ensemble du processus est piloté selon les techniques du néo-management, avec son long cortège de gadgets destinés à asservir, déposséder, désorganiser (projets, évaluation, compétences, contrat d’objectifs et de moyens, etc). Les usines à gaz bureaucratiques qui nous ont été imposées (ComUE) constituent une étape particulière de ce processus qui, en poursuivant l’éloignement des lieux de décision des lieux d’élaboration (laboratoires) et de transmission (composantes) des savoirs, amorce un processus délétère de séparation entre des noyaux de recherche concentrant les moyens — la plupart des universités se sont fait voler, déjà, les étages doctoraux — et une couronne d’établissements paupérisés spécialisés dans l’enseignement en batterie.

Comme nous l’avons montré dans notre analyse budgétaire publiée précédemment, les conditions matérielles concédées à l’enseignement et la recherche nous importent [2]. Pour autant, il est un enjeu plus important encore pour lequel nous devons collectivement concevoir une stratégie : reconquérir l’Université et la reconstruire à la hauteur à laquelle nous l’élevons, reprendre le contrôle de nos métiers, nous débarrasser de toutes les couches de bureaucratie accumulées et mettre fin à la médiocratie qui prétend au « pilotage » de l’Université [3]. Puisque ce pouvoir s’en prend directement aux libertés académiques, c’est l’exercice même des libertés académiques qui devient résistance.

La victoire revient à celui qui tient le dernier quart d’heure.

[1] Nous l’avons appris à notre corps défendant, nous qui, soutenant le changement promis par M. Hollande, avons vu le groupe des résistants de la 25e heure, accompagnateurs zélés de l’achèvement de l’Université déjà mal en point, accaparer l’ensemble des positions de pouvoir de l’ESR pour poursuivre leurs menées.
[2] La sanctuarisation du Crédit d’impôt recherche a été reconduite pour une année. On trouvera le rapport sénatorial censuré sur cette niche fiscale ici :
http://www.groupejeanpierrevernant.info/Rapport_CIR.pdf
[3] Fait d’actualité, l’association Anticor a porté plainte au parquet de Bobigny concernant les faits rapportés dans le rapport suivant, qui met en cause le président de la CPU :
http://www.groupejeanpierrevernant.info/IGAENR_IUT_P13.pdf

« Le vrai courage c’est, au-dedans de soi, de ne pas céder, ne pas plier, ne pas renoncer. »

Groupe Jean-Pierre Vernant.


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Lacaze Gaëlle , "Communiqué du Groupe Jean-Pierre Vernant" [en ligne], in
Afea, Association française d’ethnologie et d’anthropologie, page publiée le 24 octobre 2015 [visitée le 26 mars 2017], disponible sur: http://www.asso-afea.fr/Communique-du-Groupe-Jean-Pierre.html

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